Les 27 et 28 juin, malgré une chaleur écrasante, près de 42 000 visiteurs ont convergé vers la base aérienne de Florennes, en Belgique, pour assister aux Belgian Air Force Days (BAF Days) 2026. Dix ans après la dernière édition sur cette base, la Force aérienne belge (FAé) célébrait avec ce meeting aérien ses quatre-vingts ans d'existence en tant que composante aérienne. On rappellera l'annulation de ce show lors de l'année 2021 pour cause de COVID-19 malgré des préparatifs qui étaient déjà largement engagés.

La commémoration de cet anniversaire, ainsi que celle des 85 ans de la 350e escadrille, était marquée par la présence d’un Spitfire Mk XIV venu de France. Il fut le premier avion à entrer en service dans la FAé en 1947. En effet, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Belgique a reconstruit sa capacité aérienne en s’appuyant sur les traditions héritées des 349e, 350e et 609e escadrilles de la Royal Air Force (RAF) ; de nombreux aviateurs belges s’y étant illustrés. Ce chasseur mythique, qui portait les cocardes belges, évolua cette année tantôt aux côtés de F-16, tantôt en formation avec un F-35.

Une FAé en pleine mutation

La vedette incontestée de cette édition était le Lockheed Martin F-35A, présenté pour la première fois au public belge. Quatre appareils étaient présents sur la base, dont deux participaient aux démonstrations aériennes. Les évolutions mettaient davantage l’accent sur les capacités de travail en réseau et d’intégration que sur les performances acrobatiques : formations avec trois F-16, simulation de ravitaillement en vol derrière un Airbus A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport) ou passages tactiques. Arrivé à Florennes le 13 octobre dernier, le chasseur de 5e génération est encore loin d’une démonstration dynamique, mais il a néanmoins suscité la curiosité de l’assistance. Les quatre prochains F-35A devraient être livrés au 2e Wing tactique avant la fin de l’année.

Le General Atomics MQ-9B SkyGuardian, nouvelle plateforme de renseignement et de surveillance de la FAé, comptait aussi parmi les principales attractions statiques. Un seul des trois exemplaires actuellement livrés était exposé, les deux autres étant déployés sur la base de Sigonella, en Sicile, dans le cadre d’une mission de l’OTAN. Cette plateforme permet au personnel de la 2e escadrille d’effectuer des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR). Elles visent à améliorer la connaissance de la situation maritime en Méditerranée et à lutter contre les trafics illicites, l’immigration clandestine et d’autres formes de criminalité transfrontalière.

Le tout nouvel hélicoptère Airbus H145M, appelé à succéder à l’honorable Agusta A109, faisait sa première apparition publique. La société américaine Cessna présentait pour sa part le Cessna 408 SkyCourier, dont cinq exemplaires ont été commandés afin d’équiper les forces spéciales. Dans le domaine de la formation, Pilatus exposait le PC-7 Mk10, l’avion-école de la défense belge, qui entrera en service en 2027 pour remplacer le vénérable SIAI-Marchetti SF-260.

Selon le colonel Vincent Maniet, commandant de la base aérienne de Florennes, cette édition devait avant tout illustrer la profonde évolution de la Force aérienne belge : « Nous voulions offrir un accueil chaleureux, fidèle à l’esprit de notre région, tout en présentant au public les capacités actuelles et futures de la FAé. Peu de personnes avaient encore eu l’occasion d’approcher un F-35. Nous souhaitions mettre en avant ces nouveaux équipements tout en soulignant les capacités et les moyens des forces aériennes européennes. »

Un plateau aérien intéressant

Au-delà des célébrations du 80e anniversaire de la FAé, les BAF Days proposaient un plateau aérien varié mêlant avions de combat modernes, patrouilles acrobatiques et warbirds.

L’une des grandes vedettes du week-end était incontestablement le McDonnell Douglas F-4 Phantom II grec. Les démonstrations énergiques de ce vétéran des airs ont rappelé aux passionnés les heures de gloire d’un appareil devenu mythique. La présence de quatre F-4 à Florennes, provenant des forces aériennes grecque et turque, qui sont les dernières à les utiliser, a offert une occasion rare d’admirer ce légendaire avion de chasse.

Une autre tête d’affiche était le Rafale Solo Display, qui a ébloui la foule avec sa puissance et son agilité. Pour sa première saison de démonstration, le capitaine « Rocky » semblait déjà bien à l’aise aux commandes de sa monture. Le samedi, on a pu admirer l’appareil revêtu de la spectaculaire livrée spéciale 2026, réalisée par le peintre Régis Rocca. Le lendemain, la démonstration fut assurée par un Rafale biplace arborant sa livrée opérationnelle grise.

La Suède était représentée par le Saab Gripen Solo Display, venu de la base de Såtenäs. Toujours très apprécié, sa présentation alternait évolutions à fort facteur de charge et largages de flare, offrant un spectacle aussi esthétique que démonstratif. Depuis plusieurs années, cette équipe de pilotes expérimentés contribue au rayonnement international de la Flygvapnet sur les meetings européens.

La base de Florennes, qui exploite encore des F-16 au sein de sa 350e escadrille, se devait d’avoir une démonstration de chasseur de Lockheed Martin. Celle-ci était présente grâce au team de démonstration grecque « Zeus ». Celui-ci, lancé officiellement en 2010, est un habitué des meetings en Belgique.

Les patrouilles acrobatiques militaires occupaient également une place de choix dans le programme. La Patrouille Suisse, qui existe depuis soixante ans, présentait son spectacle aérien avec ses Northrop F-5 Tiger II, utilisés depuis 1995 après avoir succédé aux Hawker Hunter.

Les Turkish Stars, venues de Konya, impressionnaient une nouvelle fois par leurs évolutions serrées à bord de leurs NF-5A/B. Après un premier show en 1994, la patrouille s’est bien vite développée en passant sur ses sept machines supersoniques. Les formations particulièrement compactes et les croisements des deux solos continuent d’en faire l’une des patrouilles les plus spectaculaires du circuit européen. L’équipe envisage une éventuelle mutation vers l’avion d’entraînement et de combat léger turc TAI Hürjet.

La Croatie était représentée par les Wings of Storm, évoluant à bord de six Pilatus PC-9M. Malgré un appareil moins puissant, la précision de leurs évolutions et la qualité de leur synchronisation ont largement conquis l’assistance.

Enfin, les Royal Jordanian Falcons, qui volaient sur quatre Extra 330LX, rappelaient les liens étroits unissant la FAé et le royaume hachémite. Il est utile de se souvenir que des F-16 MLU (Mid-Life Update) belges ont été vendus à la Jordanie et que les avions de chasse belges ont décollé d’une base jordanienne pour participer aux opérations de la coalition internationale contre Daech.

Le reste du programme faisait la part belle aux avions historiques, avec les démonstrations d’un Spitfire Mk XIV, d’un P-40E Warhawk et d’un P-51D Mustang. Les voilures tournantes étaient représentées par un NH90, un EC120 Colibri ainsi qu’un Pilatus PC-7 slovène.

Quelques absences étaient néanmoins à déplorer. Le très attendu Tornado allemand, l’Airbus A400M ainsi que le F4U Corsair ont annulé leurs présentations. Le passage de quatre F-35A de l’US Air Force (USAF), annoncé pour le dimanche, a lui aussi été annulé.

Un parc statique en demi-teinte

C’était clairement l’une des déceptions de ce week-end. Compte tenu du réseau de partenaires entretenu depuis plusieurs décennies par Florennes, notamment à travers le Tactical Leadership Programme (TLP), on pouvait espérer une participation internationale bien plus importante.

Les absences de la RAF, de l’armée de l’Air et de l’Espace française, ou encore de l’USAF ont particulièrement retenu l’attention. On pouvait néanmoins admirer des F-35A venus des Pays-Bas et d’Italie, un Tornado, unique représentant de la Luftwaffe, ou encore trois rares Super Tucano venus du Portugal.

Dans l’optique d’un possible futur contrat de la FAé avec une société civile pour des missions d’agresseurs « Red Air », la société Draken Europe exposait deux L-159 alors que la société Skyline Aviation présentait un L-39. Mais c’est sans doute Top Aces qui retint le plus l’attention avec un rare Douglas A-4N Skyhawk, ancien appareil de la Force aérienne israélienne arborant une livrée spectaculaire, accompagné d’un Alpha Jet ex-Luftwaffe.

Malgré un parc statique en retrait par rapport aux attentes de nombreux passionnés, cette édition 2026 des BAF Days restera comme une réussite populaire. En commémorant les 80 ans de la Force aérienne belge et en dévoilant ses nouvelles capacités opérationnelles, la base de Florennes a proposé un aperçu captivant de l’avenir de la FAé à un public jeune et enthousiaste.