La société Biggin Hill Heritage Hangar (BHHH) est établie dans l'ancienne base historique de la Royal Air Force (RAF) Biggin Hill, dans la banlieue sud de Londres. Fondée en 2011 sous le nom de « Spitfire Company Limited », elle avait pour objectif principal la restauration d'un Supermarine Spitfire Mk I.
Texte et photos : Benoît DENET
Les Britanniques ont cette capacité remarquable à préserver leur patrimoine historique, et le légendaire Spitfire en est sans doute l’exemple le plus emblématique. L’atelier de restauration de BHHH est aujourd’hui devenu une référence dans ce domaine : il a déjà remis en état de vol plusieurs warbirds et en entretient plusieurs autres.
Biggin Hill, un terrain mythique
À l’origine, ce terrain fut ouvert durant la Première Guerre mondiale afin de défendre la capitale britannique contre les attaques de bombardiers Gotha et de dirigeables allemands. C’est toutefois pendant la Seconde Guerre mondiale que cette base entra véritablement dans l’Histoire, en accueillant plusieurs escadrilles engagées dans la bataille d’Angleterre.
Les Hawker Hurricane et Spitfire y décollaient quotidiennement pour intercepter les bombardiers allemands Heinkel He 111 et Junkers Ju 88, ou bien pour livrer de violents combats face aux chasseurs Messerschmitt Bf 109. La base fut d’ailleurs elle-même prise pour cible à de nombreuses reprises par les bombardiers.
Après le conflit, la Royal Air Force y maintint des unités opérationnelles jusqu’en 1958. Au fil des années, l’aérodrome devint progressivement une plateforme entièrement civile.
Aujourd’hui, ce sont principalement des avions d’affaires Dassault Falcon, Gulfstream et Bombardier Global qui y opèrent. C’est au milieu de ces avions dernier cri que l’on retrouve le parking régulièrement rempli de warbirds de la société BHHH.
L'atelier de restauration
Ce qui frappe dès l’ouverture des portes de la « Spitfire Factory », c’est la passion omniprésente qui règne dans les lieux. Dès l’entrée du bâtiment, le visiteur se retrouve nez à nez avec un moteur Rolls-Royce Merlin. Le contraste est surprenant avec les ateliers ultramodernes voisins de Bombardier.
Une fois dans les hangars, on découvre plusieurs warbirds en état de vol, soigneusement alignés. Plus loin, des véhicules d’époque entourent un Messerschmitt Bf 109, tandis que de nombreux moteurs sont disposés dans les ateliers.
Dans un bâtiment annexe débute le véritable cœur de l’activité : la restauration du célèbre chasseur imaginé par Reginald Mitchell pour la société Supermarine. Des bâtis d’ailes et des pièces en tous genres encadrent plusieurs fuselages de Spit de différentes versions.
Le maître d’œuvre et dirigeant de l’entreprise est Peter Monk, un ancien pilote de ligne. Après avoir récupéré des pièces d’un Spitfire Mk IX dans les années 1980, il décida d’en entreprendre la reconstruction en utilisant un maximum d’éléments d’origine retrouvés. Depuis lors, il scrute les ventes et les mises à jour de pièces détachées ou d’épaves.
C’est véritablement à partir de 2011 que cette « usine » dédiée à la reconstruction et à l’entretien des Spitfire prit son essor. Portée par un intérêt croissant pour ces machines d’un autre temps, l’équipe s’est progressivement agrandie pour atteindre aujourd’hui une vingtaine de spécialistes. Chacun possède son domaine d’expertise : moteurs, tableaux de bord et instrumentation, câblage ou encore trains d’atterrissage.
Pour ce travail, les candidats ne manquent pas, car beaucoup de techniciens s’intéressent à ces vieux avions et sont très heureux de venir travailler quelques années chez BHHH pour enrichir leurs connaissances. Un savoir-faire rare, qui se transmet de génération en génération, bien loin des méthodes modernes utilisées aujourd’hui sur les appareils Airbus ou Boeing.
Grâce à une documentation technique considérable ainsi qu’à des plans, l’équipe est capable de remettre en état de vol un Spitfire à partir des restes d’une épave abattue. Diverses sociétés spécialisées fournissent aujourd’hui des éléments reconstruits de cellules ou des sections d’ailes, tandis que d’autres restaurent les moteurs Merlin ou produisent des hélices. Pour réaliser ces projets, BHHH dispose également d’un important stock de pièces d’origine récupérées à travers le monde. Certaines sont encore dans leurs emballages d’époque et n’ont jamais été montées sur un avion.
La reconstruction complète d'un appareil peut nécessiter jusqu'à quatre années de travail, selon le niveau d'exigence du propriétaire.
La collection de Heritage Hangar comprend actuellement plusieurs Spitfire en versions Mk I, Mk IX et Mk XVI, ainsi que les trois exemplaires biplaces. À cela s’ajoutent un North American P-51D Mustang, un Hawker Hurricane, un Messerschmitt Bf 109 E1, un Hispano Aviación HA-1112 Buchón ainsi qu’un Curtiss P-40N Warhawk.
Le Spitfire Mk I P9372 est assurément l’une des plus grandes sources de fierté de Peter Monk. Cet appareil fut abattu lors d’un combat contre un Messerschmitt Bf 109 avant de s’écraser près de Biggin Hill. Il servait alors au sein du No. 92 Squadron RAF, unité transférée à Biggin Hill vers la fin de la bataille d’Angleterre. Les vestiges du chasseur furent exhumés en 1970. Tout un symbole, le 22 avril 2025, le P9372 reprit finalement les airs pour la première fois depuis 85 ans.
Parmi les projets actuels de restauration, outre les Spitfire, BHHH s’est également lancé dans la remise en état de vol d’un rare de Havilland Mosquito. La structure en bois, atypique pour son époque, nécessite toutefois des compétences très spécifiques. La restauration est donc confiée à la société Avspecs, en Nouvelle-Zélande, davantage habituée à travailler sur ce type de cellule que l’équipe de Heritage Hangar, spécialisée dans les structures métalliques.
On estime aujourd’hui qu’une cinquantaine de Spitfire sont en état de vol à travers le monde, tandis que de nombreux autres projets de restauration sont en cours. Avec des valeurs dépassant fréquemment les trois millions d’euros pièce, BHHH ne semble pas près de cesser de faire vivre le rêve de passionnés fortunés.
Voler à bord d'un Spit
La dynamique société lança en 2014 une activité complémentaire : des vols de découverte à bord d’un Spitfire T9 biplace. Depuis l’aéroport du sud de Londres, mais aussi depuis d’autres aérodromes, comme RAF Kemble et Blackpool Airport, le service « FlyaSpitfire » offre différentes expériences à bord de l’un des trois avions biplaces Spit T9 de la société. Depuis peu, il propose également des vols à bord d’un P-51D Mustang.
Plusieurs variantes sont proposées, allant d’un vol local de 30 minutes à une découverte de 75 minutes qui inclut le survol de la côte sud de l’Angleterre, entre Douvres et Eastbourne, et la vue de plusieurs lieux mythiques de la bataille d’Angleterre. Pour cette expérience unique, les tarifs varient entre 3 200 £ (environ 3 700 €) et 7 750 £ (près de 9 000 €).
Les trois Spitfire T9 utilisés sont d’authentiques Spitfire construits entre 1943 et 1945. Parmi eux, le Spitfire Type 502 T.Mk.VIII (G-AIDN — MT818) est sans conteste le plus célèbre. Le MT818 est unique, car il s’agit du seul prototype de Spitfire survivant. C’était le premier et seul prototype d’entraînement créé par Vickers-Armstrongs. Il fut fabriqué en 1944 et converti en biplace d’entraînement et de démonstration dès 1945.
Et force est de constater que le succès est au rendez-vous. Pendant la visite de RAIDS-Aviation, les vols s’enchaînaient presque sans interruption. Le survol des lieux emblématiques de cette bataille légendaire à bord de cet avion mythique continue de séduire de nombreux Britanniques… mais aussi des passionnés venus du monde entier. Longue vie au Spitfire !
