Des munitions, des drones, des A400M, mais toujours pas plus de Rafale et de Phénix ! L'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), présentée le 8 avril en conseil des ministres, n'a pas forcément livré toutes les bonnes nouvelles attendues. Le président de la République avait lui-même évoqué deux escadrons de Rafale supplémentaires lors de son discours de Luxeuil, et une flottille de Rafale Marine, soit une cinquantaine d'appareils en plus, qui ne sont donc pas budgétés sur cette actualisation. Le choix a été fait de plutôt passer des commandes de munitions, avec à peu près le même délai d'attente que les chasseurs, soit trois ans (lire par ailleurs).

Il faut sortir plus d’euros que prévu pour le développement du standard F5, qui devait être partagé avec les Émirats arabes unis.

Mais des bonus apparaissent dès le F4, avec un nouveau missile annoncé pour 2030 (!) afin de succéder au Meteor (qui n’est pourtant en service que depuis 2010…). Le F5 amènera un nouveau missile de croisière, un missile antiradar et un nouveau missile nucléaire, l’ASN4G.

Le volume de cellules évolue. Il y avait seulement 105 Rafale en flotte en 2024, et ils ne seront que 137 en 2030. On est donc très loin du « tout Rafale accéléré » qui avait été évoqué par Emmanuel Macron dans un discours aux armées. À cette date, l’aviation de chasse pourra encore compter sur les 50 Mirage 2000D rénovés à mi-vie, mais plus sur les Mirage 2000-5. Ce format étriqué reste problématique pour tenir tous les contrats opérationnels. En 2035, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) disposerait de 178 appareils. Le chiffre n’est pas évoqué tel quel, mais celui de 47 Rafale au standard F5 est par contre cité.

Le démonstrateur du NGF (New Generation Fighter), censé succéder au Rafale et qui devait voler en 2026, est repoussé au-delà de 2030.

Le budget des armées passe de 50,5 milliards d’euros (MdEUR) en 2025 à 57,1 MdEUR cette année, puis 63,3 MdEUR en 2027. Les surmarches s’élèveront à 1,5 MdEUR en 2028 pour un budget de 68,3 MdEUR et un milliard en 2029 (pour 72,8 MdEUR). Et zéro en 2030 (soit 76,3 MdEUR). La LPM actualisée pèse désormais 436 milliards au lieu de 400 au départ (auxquels devaient s’ajouter 13 milliards de ressources extrabudgétaires, dont 5,8 MdEUR sur la période 2026-2030).

Le retrait anticipé du C-130H est bien confirmé en 2029, et l’armée de l’Air gagne encore quatre A400M (soit un total « d’au moins 41 machines »). Les quatre C-130J, dont deux KC-130, restent quant à eux en service. Le renouvellement du segment médian (ou ATASM pour Avion de transport d’assaut du segment médian), incarné par les C-130 et Casa, est repoussé au-delà de 2035. La bascule sur avion-radar GlobalEye de Saab est bien confirmée, comme le retrait anticipé des AWACS (Airborne Warning & Control System). Un premier appareil est annoncé avant 2030 et les quatre auront été livrés en 2035.

Des livraisons de canons antiaériens supplémentaires pour protéger les bases aériennes organiques et les bases aériennes projetées sont aussi confirmées.

Le SAMP/T-NG (évolution du système Mamba actuel avec un missile Aster 30B1NT et le radar GF300) sera accéléré avec deux systèmes additionnels avant 2030, soit dix exemplaires. La cible finale n’évolue pas, par contre, à 12 systèmes en dotation à l’horizon 2035.

Exit l’Eurodrone (et ses six systèmes), en fait condamné dès l’été dernier. Le programme est réorienté en faveur de capacités souveraines incarnées par des MALE alternatifs avec une première capacité attendue avant 2030 (pas de date plus précise disponible). Le document ne livre pas le nom du ou des systèmes retenus.

Le volume de MRTT (Multi Role Tanker Transport) n’évolue pas. L’armée de l’Air visant une augmentation de cinq appareils, ce ne sera donc pas avant 2035 si cette dernière intervient finalement.

Comme prévu, la flotte de Vador reste à trois avions (huit étaient envisagés au départ) et Archange, le nouvel appareil de renseignement électromagnétique, aura été livré en trois exemplaires dès 2030 malgré un retard de plusieurs années (les livraisons étaient attendues dès 2025).

L’armée de l’Air et de l’Espace pourrait bénéficier de l’ajout de quelques hélicoptères de manœuvre (HM). En effet, en 2024, elle comptait 13 Caracal (dont les deux H225 de la DGSE), 17 Puma et trois Super Puma VIP de l’ET60, pour un total de 33 machines. En 2030, elle aura 32 HM, dont 29 Caracal (les 11 Caracal d’origine, les 8 du 4e RHFS, les 8 du plan de relance et les 2 H225 désormais en Corse), et en 2035, le parc doit remonter à 36 appareils vraisemblablement par l’achat de nouveaux Caracal. Le sort des Fennec, qui doivent être remplacés par les Guépard, n’est pas traité dans l’annexe sur l’armée de l’Air et de l’Espace (lire par ailleurs).