Lors du salon SAHA 2026 à Istanbul, le PDG de Turkish Aerospace Industries (TAI) Mehmet Demiroğlu, s'est exprimé sur la fourniture éventuelle du chasseur KAAN aux forces aériennes et spatiales espagnoles : « Nous avons reçu une demande et nous sommes aux premières étapes de la discussion », a-t-il déclaré.

Du rejet du F-35 aux espoirs déçus du Rafale

Refus des F-35 américains : En avril 2025, Pedro Sánchez (président du gouvernement d’Espagne) a présenté un plan « industriel et technologique pour la sécurité et la défense » de 10,5 milliards d’euros, censé porter la dépense militaire espagnole à 2% du PIB. Particularité : 85% de ces crédits doivent aller à des programmes européens. Conséquence directe, l’achat des 50 F-35 pourtant inscrits au budget 2023 (6,25 milliards d’euros) est mis compromis

Espoirs déçus du Rafale : Suite à cette annonce, la France avait retrouvé un bel enthousiasme. Le Rafale F5, dernière évolution du chasseur de Dassault et sa compatibilité avec des armements furtifs, semblait tout désigné. La Marine espagnole, qui doit remplacer ses EAV-8B Harrier II sur le porte-aéronefs Juan Carlos I se voit pour le moment privée du F-35B, seul aéronef moderne qui offre une capacité de décollage court et atterrissage vertical à ce stade. Privée du F-35B, elle pourrait théoriquement se doter des Rafale M sans investissement majeur. De plus, l’Espagne a participé sur le plan industriel à la réalisation du drone furtif nEUROn aux côtés de Dassault.

Tous les ingrédients d’une coopération franco-espagnole semblaient réunis.

Sauf que Madrid qui a déjà commandé 45 Eurofighter dans le cadre des programmes Halcón I et II (20 avions pour 2 milliards d’euros + 25 autres pour 4,6 milliards), reste très attachée à cette continuité industrielle. La flotte espagnole devant atteindre les 115 Typhoon d’ici 2035.

Le général Francisco Braco, Commandant du commandement opérationnel de l’armée espagnole, l’a reconnu publiquement : « sans chasseur furtif, l’Espagne devra faire avec de la quatrième génération pendant de longues années. Le Rafale F5, malgré ses qualités, reste classé dans cette catégorie 4,5 ».

Blocage du programme SCAF : La médiation entre Dassault Aviation et Airbus sur le programme SCAF a échoué le 18 avril 2026, poussant Madrid à chercher des alternatives. Le SCAF a comme but de remplacer le Rafale et l’Eurofighter Typhoon à l’horizon 2040. Pour rappel, la France a quitté le programme Eurofighter dans les années 1980 pour les mêmes raisons que celles qui bloquent le SCAF. Dassault avait ensuite développé le Rafale, tout seul. L’avion est depuis un succès commercial mondial.

Argument du transfert de technologie : Là où Lockheed Martin verrouille son code source et où Dassault protège ses technologies critiques, la Turquie propose un partage industriel sans équivalent.

Un plan en deux étapes

C’est dans cette équation cassée qu’arrive l’offre turque. L’argument central d’Ankara tient en trois mots : transfert de technologie.

L’idée serait de procéder en deux temps : d’abord l’avion d’entraînement turc Hürjet, livré à l’Espagne entre 2028 et 2029, puis le Kaan dans une seconde phase, le tout coordonné par l’Agence de l’industrie de défense turque (SSB) au plus haut niveau étatique.

Pour Madrid, c’est presque la quadrature du cercle : un avion de 5e génération, un transfert technologique réel et la possibilité de construire une filière industrielle nationale. Trois arguments que ni Lockheed Martin avec le F-35 ni Dassault avec le Rafale F5 ne peuvent proposer simultanément.

Le contexte du Kaan

Le TAI TF-X Kaan est avion de chasse de cinquième génération développé par Turkish Aerospaces Industries (TAI). Il est prévu pour remplacer la flotte vieillissante des avions F-4E Phantom et les F-16 actuellement en service au sein de l’armée de l’Air turque à partir des années 2030. Les premières livraisons opérationnelles du Kaan à l’armée de l’air turque sont programmées pour fin 2028 ou début 2029.

Des clients à l'export

En 2025, l’Indonésie a signé pour 48 appareils, un contrat estimé entre 10 et 15 milliards de dollars incluant une coproduction locale. L’Arabie saoudite envoie également des signaux d’intérêt, et au World Defense Show 2026, une maquette du Kaan a été exposée avec le drapeau saoudien apposé sur le fuselage. Le Qatar et l’Azerbaïdjan se montrent également très intéressés.

Ce dossier est encore au stade des discussions préliminaires, mais il illustre un rapprochement stratégique notable entre Ankara et Madrid, dans un contexte de tensions avec Washington et de blocage des grands programmes européens.

Spécifications techniques

Avion monoplace, bien que TAI ait annoncé qu’une variante à double siège sera développée pour le TF-X. L’objectif est d’utiliser la capacité MUM-T (Manned Unmanned Teaming) du TF-X avec une efficacité maximale. Avec le siège supplémentaire, le pilote à l’arrière pourra coordonner et gérer des drones comme le Bayraktar Kızılelma & Bayraktar TB2.

Avec des dimensions de 21 mètres de long, 6 mètres en hauteur et une envergure de 14 mètres, le KAAN est propulsé par 2 turboréacteurs à double flux General Electric F110-GE-129 et une postcombustion lui conférant une vitesse maximum de Mach 1,8.

Avion multirôle il peut emporter une multitude d’armement : missiles air-air, missiles air-sol, ainsi qu’un emport de bombes air-sol variées (Teber-81, HGK-82, Teber-82, HGK-83, HGK-84, LHGK-84, SARB-83, NEB-84, MAM (Smart Micro Munition), KUZGUN-SS (bombe planante) et la bombe miniature ASELSAN