C'est effectivement une avancée capacitaire majeure pour l'Armée de l'Air et de l'Espace, et plus particulièrement pour le 33e Escadron de Renseignement, de Surveillance et de Reconnaissance (ERSR) basé à Cognac.

Après un parcours jalonné de jalons administratifs et techniques, notamment l’autorisation de vente par Washington validée il y a quelques années, l’intégration opérationnelle de la nacelle de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM / SIGINT) sur les MQ-9 Reaper vient combler un vide tactique persistant. Il s’agit de huit nacelles dédiées à l’interception des communications, autorisées à l’export par Washington pour environ 88 millions de dollars, produites par BAE Systems à York, en Pennsylvanie.

Jusqu’à présent, les Reaper français reposaient principalement sur leurs optroniques (boules WESCAM MX-20) et leurs capacités de frappe, mais manquaient d’un outil souverain et embarqué de premier plan pour cartographier et intercepter les flux électromagnétiques des défenses adverses en temps réel.

Couplée aux autres vecteurs et aux projets de connectivité en cours (comme les briques de liaison type VULTRA ou les évolutions vers le standard Block 5), cette nacelle permet aux MALE de s’imposer comme de véritables sentinelles multi-rôles de haute intensité.

Grâce à l’optimisation du triptyque RSR (Renseignement–Surveillance–Reconnaissance), le renseignement électromagnétique vient enfin fusionner nativement avec l’imagerie, offrant une vision de situation tactique bien plus complète aux états-majors, indispensable face à des menaces sol-air modernes et mobiles.

La nacelle de renseignement électromagnétique (ROEM) des MQ-9B Reaper français viendra combler partiellement le vide laissé par le retrait des C-160G « Gabriel » en 2022, en attendant les Falcon ARCHANGE (Avion de Renseignement à CHArge utile de Nouvelle GEnération) dont les trois premiers exemplaires devraient être livrés en 2030.

Pour la France, l’intérêt est double : le Reaper peut désormais conduire des missions de collecte électromagnétique en zone de crise sans exposer un équipage, tout en conservant ses capacités ISR et éventuellement de frappe. Cela renforce la préparation à l’engagement, l’appui aux opérations en profondeur et le renseignement stratégique, fonctions jugées indispensables par le chef d’état-major de l’AAE.