Texte et photos (sauf mention) : Thierry CHOL

Depuis 1953, la Gendarmerie des transports aériens (GTA) agit pour la sûreté et la sécurité de l’aviation civile sur le territoire métropolitain et outre-mer. Elle contribue ainsi à la sécurité des quelque 150 millions de passagers qui transitent chaque année par les emprises aéroportuaires. Les BGTA (brigades) veillent sur la sûreté et la sécurité au sein des zones aéroportuaires, mais effectuent également des enquêtes judiciaires bien spécifiques, allant du fret jusqu’aux aéronefs.

Selon l’arrêté de 2006, la GTA continue d’être une unité de gendarmerie spécialisée, affectée à de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Elle se distingue ainsi des autres gendarmeries spécialisées, qui sont quant à elles rattachées aux armées.

Cette formation est née au début de l’essor de l’aviation commerciale et elle a véritablement grandi avec elle, puisqu’elle a vu le jour en 1953, peu après l’ancêtre de la DGAC. Elle en a suivi toutes les évolutions : du développement des aéroports à celui du transport de personnes en passant par les aéro-clubs.

La GTA de 2026, c’est un millier de personnels, militaires et civils, auquel s’ajoutent 200 réservistes. Elle est présente sur trente aéroports en métropole et huit en outre-mer. Elle est composée d’un état-major basé à Issy-les-Moulineaux et de deux groupements (Nord et Sud).

Des priorités opérationnelles

Quatre grandes priorités animent la GTA. Tout d’abord, la sûreté, qui représente un tiers de son activité, reste son fonds de commerce. Cependant, dans ce domaine, elle doit adopter une démarche encore plus exigeante, allant au-delà du respect de la norme. Elle doit tendre vers une meilleure identification des vulnérabilités et une orientation des contrôles. C’est un véritable changement de philosophie d’approche. Ensuite, concernant la police aéronautique, elle continue à insister sur une présence visible et régulière sur les terrains secondaires, qui connaissent une activité forte ; la France restant un pays d’aéronautique. Son troisième axe d’effort, c’est l’activité de police judiciaire qu’elle doit continuer d’accentuer, pour lutter contre la criminalité organisée, notamment sur les plateformes les plus importantes. Enfin, le quatrième pilier de cet édifice, c’est la protection des aéroports contre les menaces, quelles qu’elles soient, particulièrement celles en développement.

Bien évidemment, la GTA porte une attention toute particulière sur la lutte contre le terrorisme. Toutefois, il faut aussi considérer le risque d’intrusion d’activistes, de même que la menace des drones, qui peut être très diverse. Ce sont par exemple les menaces MANPADS, c’est-à-dire les armes sol-air. À ce titre, elle contribue au programme piloté en interministériel de protection des plateformes.

La plateforme de Bâle-Mulhouse

C’est une plateforme binationale, partagée avec la Confédération helvétique. La BGTA de Bâle-Mulhouse dépend du groupement Nord, basé à Roissy, et qui est subordonné à la compagnie de Strasbourg. Cette dernière aligne quatre unités (Strasbourg, Metz, Reims et Bâle-Mulhouse). La BGTA dispose d’un groupement d’investigation cynophile (GIC) avec deux maîtres-chiens et est basée sur Saint-Louis, pour emploi sur l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Cette unité comprend 18 membres, répartis de la façon suivante : un commandant de brigade, un commandant adjoint, plusieurs enquêteurs, dont des officiers de police judiciaire (OPJ), et des gendarmes adjoints volontaires.

La plateforme de Bâle-Mulhouse est implantée sur un aéroport unique au monde. C’est le seul aéroport binational, dont l’implantation est uniquement sur le sol français. On appelle cet aéroport également l’EuroAirport. Les installations aéroportuaires ont été financées par l’État français et par l’État suisse. À quelques kilomètres de là, on trouve la ville de Bâle, grande métropole industrielle et pharmaceutique.

Sa particularité est l’existence d’une route douanière qui permet aux ressortissants suisses de se rendre depuis Bâle jusqu’à l’aéroport sans contrôle douanier.

Le terminal de l’aéroport est coupé en deux parties, une partie française et une partie suisse. Il existe un contrôle transfrontalier opéré par la police aux frontières et par les douanes suisses. En 2025, ce sont plus de 9 600 000 passagers qui ont transité par cet aéroport.

L’EuroAirport investit plus de 500 millions d’euros sur sept ans afin d’améliorer de manière durable la qualité des services proposés aux passagers et moderniser les infrastructures. L’aéroport, qui est en forte croissance, va être agrandi et agencé à compter de 2027. En 2030, ce terminal sera opérationnel et, en 2032, les aménagements seront terminés. Cependant, la plateforme ne dispose que de deux pistes.

Les missions des gendarmes de la plateforme

Outre les missions dévolues à l’aéroport, les compétences de la BGTA s’étendent sur huit départements que sont le Haut-Rhin, le Territoire de Belfort, le Doubs, la Haute-Saône, la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire, la Nièvre et le Jura.

Dans cette zone d’action, la BGTA a également la responsabilité des aéroports et aérodromes de Dijon (vols d’affaires et vols privés) et de Dôle (trafic de 100 000 passagers).

La Gendarmerie des transports aériens assure des missions classiques de la Gendarmerie nationale, ainsi que des fonctions spécifiques au bénéfice de la DGAC (sûreté, sécurité, police aéronautique et judiciaire, renseignement et coopération internationale).

Dans le cadre des missions de sûreté, les gendarmes réalisent des enquêtes d’habilitation et remettent des titres d’accès, et ils contrôlent la mise en œuvre des mesures de sûreté. Le contrôle des fournisseurs agréés pour la zone de fret fait également partie de leurs responsabilités.

Les gendarmes ont la charge du contrôle des agents de sûreté des sociétés privées (respects des consignes et des procédures) et des compagnies aériennes dans le respect de leurs obligations, en particulier quand elles arrivent d’un État hors de l’espace Schengen. Les inspecteurs qualifiés en sûreté vont ainsi établir des rapports sur des points déterminés de la réglementation en matière de sûreté aérienne. Cela passe également par la fouille d’un aéronef, souvent faite par le chien et son maître, mais aussi par l’inspection filtrage. Ils vont par la suite faire remonter à l’aviation civile les contrôles qu’ils ont effectués afin qu’elle atteste de la qualité du travail. Les sous-traitants de la maintenance aéronautique font aussi l’objet de contrôles.

Pour la sécurité, la BGTA entraîne et forme ses personnels aux interventions possibles, ne disposant pas de peloton de sécurité et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) approprié. La formation et l’entraînement visent à être opérationnels en cas d’intervention, en particulier pour répondre à des intrusions et des invasions de plateformes ou en cas d’attaque terroriste. Le maintien des compétences des maîtres-chiens et de leurs chiens passe par la formation dans la recherche d’explosifs dans les bagages, mais aussi sur le personnel.

Dans la mission de sécurité pure, ils assurent les contrôles des aéronefs et des équipages, ainsi que les contrôles spécifiques des manifestations aériennes de type meeting. Les pilotes voient leur certificat de navigabilité ainsi que leur qualification technique propre au type d’avion piloté vérifiés par les gendarmes. Lors de ces manifestations aériennes, les gendarmes contrôlent les obligations des pilotes et des organisateurs, ainsi que le bon déroulement des programmes et des survols, ou encore l’utilisation éventuelle de drones avec une vérification des diplômes des télépilotes.

La mission de sécurité est aussi très importante au niveau des pistes afin que rien ne nuise au trafic aérien (véhicule mal stationné, débris sur le sol, présence de personnels habilités aux postes prévus…).

Une vigilance particulière est donnée à la gestion et aux contrôles de l’emploi des lasers (illuminations laser contre les aéronefs), aux survols à basse altitude, à l’emploi des drones, aux intrusions radio et aux entraves à la navigation aérienne. Pour pouvoir réaliser les différentes opérations, la brigade dispose de jumelles télémétriques qui permettent de vérifier les hauteurs de survol, par exemple des aéronefs à proximité de l’aérodrome et au-dessus des habitations.

Dans ce cadre, la brigade assure des opérations de lutte anti-drone. Elle est équipée d’un fusil conçu pour désactiver les drones NEROD, d’un agroscope capable de repérer les drones, ainsi que d’un système de détection de drones baptisé Infodrone, qui est capable d’identifier, d’analyser et, si nécessaire, de mettre hors service les drones malveillants. Très simple à utiliser, compact et léger, Infodrone localise les drones grâce à leurs balises DRI (Direct Remote Identification pour identification directe à distance), ce qui concerne 95 % des appareils. C’est la seule solution déployée en France de manière industrielle.

De plus, la BGTA dispose de ses propres drones de type Mavic.

Police aéronautique et police judiciaire

Outre les constatations d’accidents, la brigade assure des recherches sur le transport illicite et l’immigration, mais également de la protection de l’environnement et du respect des hauteurs de survol. Le personnel est formé à la gestion des accidents et à l’accidentologie. Cela est nécessaire afin de pouvoir gérer les différents crashs aériens (accidents matériels, corporels et mortels). Les qualifications détenues permettent aux gendarmes d’être envoyés en renfort, comme ce fut le cas sur le crash de l’A320 de Germanwings. D’autres missions sont réalisées aléatoirement, comme celle de renseignement à travers le suivi des perturbations du trafic aérien, les mouvements sociaux et les signes de radicalisation ainsi que la recherche de groupes altermondialistes, assez présents en Suisse, qui pourraient venir gêner le trafic de l’aéroport. De plus, l’Allemagne et la Suisse regroupent une forte population à tendance écologiste.

La coopération internationale

Outre le travail au quotidien avec les forces suisses, la brigade envoie régulièrement ses gendarmes dans le cadre de la formation d’autres pays, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique. Les domaines abordés sont la gestion sécuritaire du fret et la sûreté des plateformes. La coopération est active dans le cadre des accidents aériens et la sécurité des aéroports à l’étranger.

Le travail en international se fait la majeure partie du temps dans les langues anglaise et allemande. Les personnels veillent ainsi à s’entretenir dans la langue de Shakespeare afin de pouvoir effectuer leur travail du quotidien. Pour le parler germanique, c’est un peu plus compliqué, mais certains des personnels maîtrisent cette langue.

Période du COVID

Lors de la pandémie de COVID-19, la plateforme de Bâle-Mulhouse a été fortement impactée par les rapatriements et les départs sanitaires.

La crise sanitaire a vraiment marqué un moment d’arrêt pour la France. L’exploitation de l’aéroport a cessé, mais il a continué de tourner pour pouvoir fournir du matériel pharmaceutique à la France. Il a fallu organiser des évacuations sanitaires depuis l’Alsace vers d’autres régions de France et, quelques mois après, faire l’inverse. De plus, apporter du soutien aux homologues suisses et allemands dans la gestion des malades fut une mission cruciale de l’aéroport et de ses personnels. En effet, c’est l’aéroport qui a été le plus sollicité en métropole durant cette période. Il l’a été principalement pour le fret pharmaceutique du fait de la proximité des grosses entreprises, comme Novartis et d’autres situées sur le territoire de la Confédération helvétique. Du moins, c’est ce qu’on a constaté au début de la pandémie, ce qui a permis de montrer son importance aux autorités allemandes, suisses et françaises.

Fin des activités d’aviation légère et de loisirs

L’EuroAirport mettra fin aux activités d’aviation légère et de loisirs, actuellement situées dans la zone Nord de l’aéroport, d’ici fin 2026 au plus tard. Cette décision a été prise pour des raisons économiques et de planification. L’école de pilotage suisse qui était installée sur la GB Basel va donc déménager.

Depuis longtemps, l’aviation légère pose problème aux riverains, au trafic commercial prioritaire, aux usagers et, du fait de son développement, à l’EuroAirport.

Le départ de cette école, qui libérera ainsi de l’espace au sol, permettra à l’EuroAirport d’étendre ses infrastructures (terminal, grand projet ferroviaire Liaisons nouvelles et son aérogare Landside, activités industrielles et commerciales).

Des aéronefs militaires sur l’aéroport

Régulièrement, sur l’aéroport, des vols COTAM (1) se posent, soit pour du transit d’autorités (proximité de la brigade franco-allemande) avec des TBM700 pour des liaisons de commandement, soit pour des besoins techniques et/ou opérationnels. Plusieurs fois, des avions MRTT (Multi-Role Tanker Transport) ont posé sur le tarmac pour des déposes de passagers de retour de missions, ou encore pour du fret. Dans le cadre de la mission Morane de l’armée de l’Air et de l’Espace, des avions de chasse comme des Mirage 2000 de la base de Luxeuil ont atterri sur l’aéroport. Dans ce dernier cas, la brigade vient en aide aux commandos de l’air dans la sécurisation des avions.

L’aéroport de Bâle-Mulhouse est l’aéroport le plus important de l’est de la France et le plus grand du nord de la France, derrière Orly et Roissy. Il dispose d’une piste de 3 900 mètres qui permet d’accueillir quasiment tout type d’aéronef, y compris de très gros porteurs comme l’An-224 avant la guerre en Ukraine. On y trouve des avions militaires, des avions sanitaires (COVID), mais aussi des avions plus particuliers, comme les Falcon présidentiels, du fait de la proximité avec Davos, en Suisse, et son sommet de chefs d’État et de responsables de haut niveau. Pour Davos, les avions se posent en priorité sur les aéroports suisses de Genève et Zurich, mais ils sont souvent surchargés ou ne permettent pas l’accueil de certains aéronefs. Dans ce cas, c’est la plateforme de Bâle-Mulhouse qui est utilisée. En ce lieu, Air Force One et ses avions de soutien ont atterri sur la piste, ainsi que l’avion du président russe (préalablement à l’invasion de l’Ukraine).

Pour le fret, Bâle-Mulhouse est l’un des plus gros aéroports en tonnes transportées en aérien en France. De nombreux avions-cargos en provenance du Qatar et de la Turquie font escale sur la plateforme binationale. De gros prestataires de fret, comme DHL ou Fedex, utilisent ces installations.

1. COTAM est l’acronyme qui désignait le Commandement du transport aérien militaire. Ce commandement ne porte plus ce nom, mais l’indicatif radio a été gardé.

Dans un contexte de tensions stratégiques accrues et de forte croissance du trafic aérien, l’État actualise la gestion de l’espace aérien. Un nouvel accord-cadre défense-transports fixe pour 2026-2030 des orientations communes pour concilier sécurité nationale, performance civile et transformations technologiques.

Le ministère des Armées et des Anciens combattants et le ministère des Transports ont donc conclu un nouvel accord-cadre pour la période 2026-2030 afin d’organiser et gérer l’espace aérien français. Objectif : concilier les besoins croissants des armées et du trafic civil dans un contexte de tensions internationales accrues et de forte augmentation du trafic aérien.

Pourquoi un nouvel accord ?

L’espace aérien est un espace partagé entre usages civils et militaires. Sa gestion repose sur une coordination étroite entre l’État et l’aviation civile.
Depuis 2022, le contexte a profondément évolué : retour de la guerre de haute intensité en Europe ; multiplication des crises internationales ; montée des menaces hybrides (drones, cyber, guerre électronique) ; forte croissance du trafic aérien civil.

Au final, les besoins en espace aérien augmentent fortement, alors que les ressources restent contraintes.

Trois objectifs stratégiques

Le nouvel accord repose sur trois priorités structurantes :

– Garantir la sécurité et la souveraineté du pays en protégeant l’espace aérien national, en maintenant la capacité d’intervention des forces et en préparant les situations de crise ou de conflit. L’espace aérien devient un enjeu direct de défense nationale ;

– Concilier les usages civils et militaires, assurer la performance du trafic aérien civil, préserver la liberté d’action des forces armées et optimiser l’utilisation de l’espace aérien. Tout cela afin d’éviter la saturation tout en maintenant les capacités opérationnelles ;

– Anticiper les évolutions technologiques en intégrant les drones civils et militaires, en développant les opérations en très haute altitude et en modernisant la gestion du trafic aérien (SESAR, ciel unique européen). L’espace aérien s’étend désormais de la très basse altitude aux opérations proches du spatial.

Un espace aérien plus complexe à gérer

Plusieurs transformations rendent cette gestion plus exigeante du fait de l’augmentation du trafic aérien civil, la multiplication de l’emploi des drones, le développement des activités spatiales et suborbitales, mais aussi avec des exigences environnementales croissantes.

La gestion de l’espace aérien devient un équilibre permanent entre sécurité, performance et innovation.

Une coordination renforcée

L’accord prévoit un renforcement de la coordination entre les acteurs civils et militaires, par le partage en temps réel des informations, la planification conjointe des activités, des exercices et des opérations.

Il vise également à améliorer la sécurité et la sûreté des systèmes ainsi que leur interopérabilité et leur résilience face aux cybermenaces.

Cette coordination s’inscrit dans une démarche de renforcement de « l’équipe France » aéronautique, tant civile que militaire, en s’appuyant sur une perspective commune à cinq ans. Cela repose en particulier sur la collaboration conjointe de la DGAC et de la DSAé (Direction de la sécurité aéronautique d’État).

Cette coordination doit être structurée dès le temps de paix, permettant de développer et de maîtriser les nouveaux usages — en particulier les drones et les opérations en haute altitude — tout en garantissant la capacité à anticiper et à gérer des situations de crise.

Une dimension européenne centrale

La gestion de l’espace aérien s’inscrit dans un cadre européen avec la participation au projet de ciel unique européen, l’intégration dans le bloc d’espace aérien fonctionnel (FABEC) et la contribution aux programmes de modernisation du trafic aérien (SESAR).

Il s’agit de fluidifier le trafic tout en renforçant la souveraineté et la sécurité.

Un levier de souveraineté et d'influence

Dans un domaine aéronautique où la France est une référence mondiale, cet accord contribue à promouvoir l’excellence nationale, tant civile que militaire, à travers ses standards, ses normes et ses savoir-faire.

Il participe également à la défense des intérêts français à l’international, en soutenant l’accès aux territoires ultramarins et en accompagnant les coopérations bilatérales et les accords de défense.