La force aérienne de l'Armée populaire de libération n'a jamais été aussi moderne, aussi nombreuse, et aussi lisible dans ses ambitions. Tour d'horizon d'un basculement stratégique.

texte : François Brevot

Il y a quelque chose de presque paradoxal dans l’attention que suscite l’aviation militaire chinoise en ce début 2026. D’un côté, une industrie qui tourne à plein régime, sortant des chasseurs de cinquième génération à un rythme qui inquiète ouvertement les états-majors occidentaux. De l’autre, deux semaines de silence total au-dessus du détroit de Taïwan fin février — la plus longue accalmie depuis que l’île publie ses données de surveillance aérienne (2020).

Ces deux réalités ne se contredisent pas. Elles illustrent, au contraire, la maturité d’une doctrine qui sait désormais jouer aussi bien du bruit que du silence. Quand une armée n’a plus besoin de se montrer pour se faire entendre, c’est qu’elle a changé de stature.

La machine industrielle

L’usine AVIC de Chengdu tourne désormais sur cinq chaînes de production simultanées, capables de livrer jusqu’à 100 chasseurs J-20 par an. À Shenyang, un nouveau site de 4,2 km² est en construction, avec 8,6 milliards de yuans investis sur cinq ans. Le J-35, chasseur furtif embarqué, sort lui aussi des hangars en cadence croissante. À ce rythme, la flotte de J-20 seule pourrait approcher les 1 000 unités d’ici 2030 — surpassant le nombre combiné de F-22 et F-35 en service dans l’US Air Force.

Le drone comme symbole

Le 28 mars dernier, la Chine a procédé au vol inaugural du Jetank (ou Jiutian selon les sources chinoises) : 16 tonnes, 25 mètres d’envergure, 6 tonnes de charge utile, 7 000 km de portée. Sur le papier, c’est un appareil de transport et de secours. Dans les faits, il s’agit d’une plateforme modulaire capable de lancer des essaims de drones ou des munitions rôdeuses. La double identité est assumée, à peine dissimulée dans la communication officielle.

C’est là l’un des marqueurs de la doctrine chinoise en 2026 : l’ambiguïté calculée. Chaque système peut servir deux maîtres. Chaque annonce civile porte une ombre militaire.

La 6e génération à l’horizon

Le 26 décembre 2024, deux prototypes sans empennage ont fait leur apparition publique en Chine : le J-36 de Chengdu et le J-50 de Shenyang. En 2026, des images et vidéos suggèrent que le J-50 est entré dans une phase de vols actifs, même si Pékin ne confirme rien officiellement. Ces appareils, présentés comme des chasseurs de sixième génération, s’inscrivent dans une vision plus large dévoilée par AVIC : un système de combat air-espace intégré, de la piste d’envol à l’orbite basse.

Science-fiction ? Peut-être pas complètement. Les briques technologiques existent déjà : moteurs hybrides TBCC/RBCC, drones autonomes en essaims, intelligence artificielle embarquée, lasers. La Chine construit un récit de puissance, et dont certains chapitres sont déjà écrits.

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